La dinde

Wow ! Quel 8 mars ! On a commencé par lire un peu partout que c'était la journée des femmes, alors que c'était la journée internationale du droit des femmes, et y'a quand même une différence notable entre l'un et l'autre. Alors que les réductions pour les sites divers et variés pleuvaient - sic -, la journée s'est terminée par une "tribune" de Kim Kardashian dans Elle, que je vous met en lien par ici. Il est important que vous lisiez ce qu'elle a à dire avant de lire ce que je réponds.

Une photo publiée par Kim Kardashian West (@kimkardashian) le


Je vais commencer par enlever toute tension en disant : chacun fait ce qu'il veut. Et si Kim Kardashian, ou Paris Hilton avant elle, choisissent de vendre leur corps, d'en faire leur image, de gagner des sous avec, libre à elles. On est en 2016, et quand Kim Kardashian dit qu'elle fait ce qu'elle veut et qu'elle est libre de s'amuser avec son corps, elle a raison. Les gens ne devraient pas s'en référer à sa sextape ou à son corps à chaque fois qu'ils s'adressent à elle. Je crois que mon éducation peut se résumer en une poignée de phrases assez simples, et l'une d'entre elles est "ta liberté commence là où s'arrête celle des autres". Je me souviens parfaitement de la première fois où mon père m'a dit cette phrase, du moment exact où il me l'a dite, parce que ça m'a retourné le cerveau à l'époque. C'était comme un système sans fin, un gif parfaitement loopé. Ma liberté commence là où s'arrête celle des autres, qui s'arrête où commence la mienne, qui s'arrête là où commence la leur, etc.

Donc ce n'est pas la liberté de Kim Kardashian de faire ce qu'elle veut de son corps dont je viens parler, puisque par définition, ça ne m'affecte pas. Elle peut se foutre à poil, se prendre en photo etc., tant que ça n'empiète pas sur la liberté des gens, je vois mal ce que j'aurais à dire là-dessus. Je vais donc sauter les trois premiers paragraphes de sa "tribune" pour passer directement au quatrième que j'ai lu en me retenant de sortir toutes les assiettes de ma cuisine pour les casser dans le plus pur style Zorbas.


"J'ai vécu dans la peur et la honte et ai décidé de dire "on s'en fout" et de continuer à vivre". Quel beau sentiment, comme c'est touchant ! C'est vrai, la pauvre, elle a vécu la honte de voir sa sextape dévoilée au monde et a dû vraiment lutter pour... Mais... Attendez une minute... On serait pas en train de nous PRENDRE POUR DES JAMBONS ?

Non parce que moi, je me souviens que je ne connaissais pas du tout Kim Kardashian avant la sextape. Personne n'en parlait, on ne savait pas qui elle était ni ce qu'elle faisait de sa vie - encore un mystère pour moi aujourd'hui d'ailleurs - avant que cette sextape soit "malencontreusement" éventée. Et si je me souviens bien, c'est bien depuis que cette sextape a été divulguée qu'on se bouffe matin midi et soir du Kim Kardashian fait ceci, Kim Kardashian fait cela. La sextape est publiée en 2007, et c'est la même année qu'elle apparaît dans l'inénarrable "série" Keeping up with the Kardashians.

Alors je vais pas pousser la logique jusqu'à dire que c'est elle qui a publié la sextape de façon à gagner en notoriété, tout simplement parce que je n'en ai pas la preuve, mais on est quand même bien loin de la honte et de la peur que peuvent ressentir les victimes de revenge porn habituellement. Je me souviens notamment de cette canadienne qui avait vu une vidéo d'elle s'amusant avec deux amis faire le tour du net, et être obligée de changer drastiquement de vie (à l'article de Vice que je vous ai mis en lien, suivait un autre où elle racontait son quotidien dans un club de strip dans une autre ville qu'elle avait été plus ou moins forcée de rejoindre après que son quotidien s'est converti en un enfer). Ou alors plus récemment, de cette adolescente qui s'est suicidée parce que des photos d'elle ont été publiées par un connard qui devait probablement trouver ça marrant sur le coup.

Le manque de pudeur qui caractérise Kim K n'a jamais aussi bien été représenté que par cette tribune dans Elle.

Je crois que ce qui me dérange le plus, c'est qu'elle se dise business woman. Une business woman c'est une femme qui a un poste à responsabilité et qui est payée 20% de moins que ses collègues masculins. Une business woman, c'est quelqu'un qui se réveille tôt le matin et qui doit aller travailler pour gagner des sous, qui doit encore en 2016 se battre pour faire comprendre que non, une réduction chez Zalando n'est pas la meilleure manière de fêter la journée des droits de la femme. Une business woman, c'est quelqu'un qui a lutté le double pour en être là où elle en est aujourd'hui. Et Kim Kardashian n'a rien fait de tout cela.

Kim Kardashian est une business woman à peu près autant que les fils Trump sont de féroces négociateurs. Aucune de ces personnes n'a dû lutter pour s'imposer. Ils sont tous bien nés et gèrent aujourd'hui une richesse qui les dépasse et qui leur survivra très probablement. Donc non Kim K n'est pas une "entrepreneur" comme disent les américains. À la limite c'est une gestionnaire ou une comptable.

Le fait que Kim K fasse ce qu'elle veut de son corps n'enlève rien à la vacuité de sa personne. Le bruit médiatique qu'elle génère ne doit pas nous empêcher de voir que le problème se situe ailleurs. Kim Kardashian n'a pas "souffert" de sa sextape, c'est sa carte de visite ! Et tant mieux ! Si c'est la manière qu'elle a trouvé de s'occuper, ça me paraît parfait ! Mais qu'elle ait au moins la décence de l'admettre et qu'elle arrête de se faire l'avocate d'une cause qu'elle ne comprend pas et qui lui échappe totalement.

Quant à dire qu'elle est empowered par son corps et sa sexualité, c'est très très beau, mais malheureusement une fois de plus faux. Son pouvoir vient de son nom et des sous qu'elle a sur son compte en banque que Papa et Maman lui ont donné. Et la vérité la plus dégueulasse de toute, c'est qu'elle nous fait croire que les femmes peuvent faire ce qu'elles veulent de leur corps et de leur sexualité, quand en fait c'est encore faux en 2016 ! Elle fait ce qu'elle veut elle, parce qu'elle s'appelle Kardashian. Mais l'actualité encore récente nous a prouvé que malheureusement non, les femmes ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent de leur corps sans être traînées dans la boue, insultées et trop souvent (pour ne pas dire tout le temps) lynchées. Probablement qu'elle aussi a dû entendre des choses à son égard, sauf que son nom lui a permis de garder ouvertes les portes qui habituellement se referment aux - vraies - victimes de ce genre de faits. 



9 commentaires:

  1. Je suis une cagole qui montre son cul car je ne sais rien faire d'autre pour attirer l'attention ===> des crétins se foutent de son physique ==> Du bodyshaming !!! c'était donc un acte féministe !! une réappropriation de son corps !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. OK je comprends bien mais dans le meilleur des cas, c'est un acte féministe "malgré elle". Je pense que c'est surtout un acte narcissique et je le répète : c'est très bien, on a tous le droit de l'être, aucun souci. Donnons simplement aux actes le nom et la valeur qu'ils méritent.

      Supprimer
    2. Ben transformer la vanité en acte honorable je trouve ça déjà extremement puant, mais qu'en plus ce soit cautionné par tant de monde c'est à vomir.

      Supprimer
    3. Parfois je me demande si je suis juste devenu un vieux con.

      Supprimer
  2. "l'actualité encore récente nous a prouvé que malheureusement non, les femmes ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent de leur corps sans être traînées dans la boue, insultées et trop souvent (pour ne pas dire tout le temps) lynchées" : et... vous y contribuez avec cet article ! Bravo.
    Il faudrait reprendre phrase par phrase votre raisonnement de mâle dominant bien pensant (en êtes-vous seulement conscient ?) mais je tiens à m'attarder sur votre petite analyse concernant le "manque de pudeur" : elle est l'exact reflet de l'obsession de la virginité (je vous laisse googliser) qui caractérise la société patriarcale dont vous êtes visiblement l'un des défenseurs et qui fait que "malheureusement non, les femmes ne peuvent pas faire ce qu'elles veulent de leur corps sans être traînées dans la boue, insultées et trop souvent (pour ne pas dire tout le temps) lynchées". On ne contribue pas au respect des fâmes, de leur image, de leur sexualité, en tapant sur une autre (aussi puissante soit-elle). Enfin, vous lui reprochez de "se faire l'avocate d'une cause qu'elle ne comprend pas et qui lui échappe totalement", si c'est vrai (mais où avez-vous trouvé votre petit organigramme hiérarchisant les dommages liés au revenge porn ? ça m'intéresse) cela vous fait un point commun.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci de votre commentaire. Il ne me semble pourtant absolument pas que je défende une quelconque idée du patriarcat en disant ici que Kim Kardashian fait ce qu'elle veut de son corps. Je m'attarde juste sur le fait que ce n'est pas une "entrepreneur" comme elle le dit. Après elle gère avec brio la fortune familiale et occupe l'espace médiatique avec des discours d'une vacuité vertigineuse, mais elle le fait avec beaucoup de réussite. Pourquoi pas ? Une fois de plus, libre à elle de faire ce qu'elle veut, mais il n'y a pas d'entreprise là-dedans, juste une gestion réussie - et il est vrai que je doute qu'elle y parvienne seule, elle est certainement très bien entourée, peu importe d'ailleurs le sexe de ses collaborateurs.

      Enfin, je ne me permets pas de faire de classement des dommages liés au revenge porn, j'indique juste que même si elle a souffert de la fuite de sa sextape - ce dont en effet je doute - son nom et l'argent qu'elle a - dans un système qui est différent du nôtre puisqu'il s'agit des USA - l'ont certainement beaucoup aidé à surmonter cette épreuve. Je pense que bien d'autres femmes sont effectivement "empowered" par leur corps et leur sexualité. Dans l'histoire récente je pense plus à des femmes comme Nicky Minaj par exemple, peut être est-ce une erreur ?

      Dans tous les cas, il s'agit d'une opinion, pas d'un jugement et comme toutes les opinions, je ne demande qu'à en débattre pour la faire évoluer.

      Supprimer
    2. En basant votre argumentation sur une validation de ce que fait Kim Kardashian de son corps vous contribuez au discours oppressif : vous êtes un homme, vous parlez depuis la place que cela vous confère au sein de notre société, celle d’un membre de la classe dominante. En validant ou invalidant le comportement d’une femme vous tenez un discours qui alimente une conception oppressive du comportement que peut/doit avoir une femme. C’est problématique s’applique à chaque discours émanant d’un membre d’une classe dominante lorsqu’il émet une opinion sur une classe dont il ne fait pas partie.
      La dite argumentation sur « Kim Kardashian n’est pas l’entrepreneure qu’elle prétend être » est indissociable de cette base que vous posez en préambule et cela impacte la lecture que j’en fais. Ainsi, je lis, encore une fois, un homme jugeant de la réussite ou non d’une femme, de ce qu’est une business woman, selon lui : quelqu’un de méritant, qui se lève tôt, est assez « intelligent » pour faire le tri dans les offres promotionnels, a trimé deux fois plus. Comprenez-vous que c’est bel et bien un jugement que vous portez, une invalidation que vous vous permettez ?
      En fait, la différence qui semble importer pour vous entre « entreprise » et « gestion » m’échappe et savoir si oui ou non Kim Kardashian est une entrepreneure m’indiffère. Ce n’est pas à cela que je réagissais. La « réussite » professionnelle n’est pas quelque chose que je trouve « respectable », valorisant, je trouve plutôt terrifiant cette injonction à réussir, cette valorisation de celui qui lutte pour s’imposer. En partie car comme je vous le disais plus haut c’est quelque chose qui est trop souvent utilisé pour « valider » la place des femmes dans le milieu professionnel. Et pour porter des jugements sur tous en général (les méritants, les feignants, etc.) et qui contribue au renforcement du travail comme valeur. Cela peut sembler un autre débat mais c’est aussi ce que sous-tend votre article, à mon sens.
      Vous évoquez Nicky Minaj, est-ce parce qu’elle est interprète et compositrice ? Vous l’opposez à Kim Kardashian qui ne fait « que » gérer une fortune ? Je ne vous suis pas sur cette hiérarchisation, encore une fois, de l’activité.
      Comme je ne vous suis toujours pas sur la hiérarchisation de la souffrance. J’y vois le mythe de la « pauvre petite fille riche » : de quoi se plaint-elle, elle a plein d’argent pour régler ses problèmes et la consoler. Encore une fois, et sans avoir à connaître les détails de cette histoire (que je ne connais donc pas) vous ne savez pas ce que c’est qu’être une femme et de voir votre sextape rendue publique, aussi riche et bien entourée soit-on ! Savez-vous combien de menaces de viol elle a évidemment reçues ? De la part d’inconnus ou de son entourage ? Vous insinuez que la fuite est volontaire, je n’ai pas votre degré d’expertise, mais pensez-vous que du coup elle peut bien supporter ces menaces et ces insultes ? Ce que j’aimerais vous dire c’est que votre discours contribue à minimiser quand il ne cautionne pas les causes de sa souffrance : le déchainement propre au revenge porn. Comprenez-vous ?

      Supprimer
    3. Bonjour Fanny et merci pour votre réponse !

      Sur tout votre premier paragraphe, je ne peux qu'être d'accord avec vous. Effectivement je suis un homme et effectivement j'émets une opinion sur le travail ou pas d'une femme, et effectivement le sexe auquel j'appartiens a été et continue d'être par bien des aspects, un oppresseur. Je ne vais pas vous resservir "mais pas moi", je sais très bien que c'est un argument que vous n'entendrez pas et je le comprends bien.

      La seule chose que je peux vous certifier, c'est qu'en aucun cas ma "validation" est liée à son sexe. Évidemment les deux sont indissociables, mais j'ai une haine bien plus grande à l'égard de Donald Trump par exemple qui est du même sexe que moi.

      Vous me dites que j'encourage une injonction de réussir, mais c'est elle qui émet ces valeurs là. Elle indique qu'elle veut réussir, qu'elle est un entrepreneur. Je ne fais que reprendre ses propres termes ! Je dis aussi plusieurs fois, et je continue de dire que "chacun fait ce qu'il veut" ! Aucune injonction de ma part de réussir, je dis juste qu'une femme d'affaire est une femme d'affaire, une célébrité est autre chose et une actrice encore autre chose. Ce sont simplement des choses différentes, et je ne fais aucun jugement de valeur.

      Ne croyez pas que Kim K n'obéit pas à cette injonction à la réussite. Elle n'est pas arrivée là où elle est simplement par "l'opération du saint esprit". Elle est bien entourée, elle a bien mené la barque que ses parents lui ont donnée. Elle avait donc l'ambition d'y parvenir. La différence primordiale - mais vous vous en fichez, vous me l'avez dit - c'est qu'elle n'a pas commencé de plus bas. Des milliers de femmes qu'on a vu nues aussi soit dit en passant, ont elles commencé de plus bas et sont effectivement de vraies femmes d'affaire. Je pense à Jennifer Lopez par exemple qu'on a vu nue des centaines de fois. Donc le débat est pour moi ailleurs. Il ne s'agit pas de "valider" la réussite des unes et des autres, mais simplement l'apport de citoyen·n·e·s dans notre société. Si tu pars sans rien, ton mérite est plus grand, peu importe ton sexe - même si et je le dis dans mon article, c'est encore bien plus facile aujourd'hui pour un homme.

      Supprimer
    4. Sur votre dernier paragraphe, force est d'admettre que vous avez raison. Je ne sais pas ce qu'est être une femme, je ne sais pas ce qu'est voir sa sextape éventée, et je ne reçois effectivement pas de menaces de viol ni de la part d'inconnu ni de la part de proches. Rien ne saurait le justifier, et si j'ai pu faire croire que cela pouvait être justifié, alors j'en suis désolé parce que ce n'est absolument pas mon intention.

      J'ai bien compris, je crois, votre point de vue. Et je formule en retour un point de vue simple : pour moi Kim K est un parasite. Elle ne propose rien, mais est persuadée du contraire. C'est toute la vacuité de notre société qui est reflétée à travers elle. C'est un genre nouveau de personnalité et franchement oui, ça me gêne de voir qu'on célèbre ça, cette vacuité. On peut ne rien faire de sa vie mais être cultivé·e, utiliser son argent à bon escient, donner pour une cause par exemple - encore une fois, peu importe son sexe. Mais là, rien. À l'égal de Trump - à qui je trouve décidément qu'elle ressemble énormément - Kim K défend juste son camp, son clan et sa petite personne. Et ça me débecte un peu de voir que c'est ce qu'on encourage. C'en est complètement terminé du vivre ensemble ?

      Je ne suis pas naïf au point de penser que nous, les hommes, n'avons pas fait de dommages. Et je ne dis pas que nous méritons de participer au débat, probablement que nous méritons de nous taire et de vous écouter. Ce que je dis en revanche c'est qu'il faudrait au long terme au moins essayer de vivre ensemble. Il ne me semble pas que ce soit ce dont Kim K fait la publicité. J'ai plutôt l'impression qu'elle choisit de défendre ses intérêts au détriment de toutes les autres personnes qui l'entourent. Voilà.

      Supprimer